28 janvier 2007
Les faux pas de Ségolène Royal sont-ils graves?
Figaro Oui Figaro Non
OUI 54%
NON 46%
48 510 votants.
PARIS (AP) -- Ségolène Royal a proposé dimanche dans le cadre de la "démocratie participative" qu'elle entend mettre en place si elle est élue en 2007 de faire évaluer l'ensemble des politiques publiques par des "jurys de citoyens".
Ces jurys de citoyens tirés au sort permettraient d'instaurer "une surveillance sur la façon dont les élus remplissent leur mandat", a expliqué la candidate à la candidature socialiste lors de la 15e Cité de la réussite à la Sorbonne.
Ils fonctionneraient "à partir d'un certain nombre d'indicateurs que l'on pourrait démocratiquement mettre en place", a ajouté Mme Royal sans plus de précision.
Pour "associer les citoyens aux décisions qui les concernent", la candidate socialiste a également proposé de mettre en place des référendums d'initiative populaire et des budgets participatifs, sur le modèle de celui qu'elle a instauré depuis 2004 dans sa région Poitou-Charentes.
Ségolène Royal a dit compter sur cette "révolution démocratique" pour répondre à la "crise politique, démocratique, voire même morale", qui touche selon elle la France aujourd'hui.
La candidate à l'investiture socialiste a assuré que son projet de démocratie participative n'était pas contraire à la démocratie représentative.
Elle s'est défendue de tout populisme après sa petite phrase controversée selon laquelle son "opinion est celle du peuple français" sur la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
"On ne peut pas dire au peuple français qu'on va le consulter (NDLR: par référendum) et lui dire en même temps qu'il est trop bête pour réfléchir et qu'il fasse comme on lui dit de faire", a-t-elle dit.
Ségolène Royal a jugé la polémique révélatrice du "fossé qui s'est creusé entre les responsables politiques et le peuple". "Moi, je n'ai pas peur du peuple", a-t-elle lancé. AP
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Chacun de nous a son modèle, son héros, un homme ou une femme qu'il rêve d’approcher au moins une fois dans sa vie. Nous avons rencontré le nôtre. Né du constat qu’encore beaucoup de nos proches ignoraient son histoire, notre voyage a un sens si nous contribuons, à notre échelle, à le faire connaître. Muhammad Yunus est le créateur du concept de micro-crédit, une des plus importantes innovations du 20ème siècle en matière de lutte contre la pauvreté et il rêve, à l’horizon 2005, d’améliorer la vie quotidienne de 100 millions de personnes à travers le monde. Comment ce petit professeur d’économie (il ne mesure qu'1m65) a créé en quelques années un phénomène susceptible selon lui de « renvoyer la pauvreté dans les musées » ?
Troisième fils d’une famille de 9 enfants, Muhammad Yunus est né dans le Bengale Occidental en 1940. À 20 ans, brillant étudiant, il a la possibilité d’aller passer son doctorat aux Etats-Unis sur le thème « l’économie et le développement ». Il y passera 7 ans de sa vie, devenant professeur d’économie à l’Université du Colorado.
En 1971, pourtant, lors de la naissance du Bangladesh se séparant du Pakistan, il décide de rentrer et obtient un poste de responsable du Département d’Economie à l’Université de Chittagong, la 2ème ville du nouvel Etat indépendant. Trois ans après son retour, une terrible famine s’abat sur le pays, tuant 1,5 million de personnes. Cet événement va changer sa vie : « Les gens mourraient de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d’élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. J’ai commencé à comprendre qu’il était très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe et ai commencé à étudier sur le terrain».
Il se rend dans le village de Jobra, juste à côté de son Université et commence à discuter avec ses habitants. Rapidement, il prend conscience que de nombreuses femmes sont victimes d'un cercle vicieux dont elles ne peuvent s'échapper. Incapables de s’adresser aux banques traditionnelles (car jugées non solvables), elles sont contraintes d’emprunter 60 Thakas (1 €) à un usurier pour acheter quelques produits le matin, en récupérer 80 de la vente sur les marchés et le soir en rembourser 70. C’est donc le coût prohibitif du capital, si infime soit-il, qui empêche de nombreuses femmes de s’en sortir. Il décide alors, de sa poche, de prêter 850 Thakas (24 €) à 42 femmes parmi les plus pauvres de Jobra. Ces micro-prêts leur suffisent pour, par exemple, acquérir une poule et générer un revenu quotidien de la vente des œufs chaque jour : « l’objectif était de les faire rentrer dans un cycle économique et d’amorcer un changement de mentalité». L’expérience est un succès mais ne satisfait pas encore son ambition grandissante.
Après avoir, en vain, déployé de nombreux efforts pour convaincre les banques locales d’appliquer sa méthode, il décide de monter sa propre structure et duplique le modèle. La Grameen Bank, du mot village en Bengali, naît en 1978 et s’étend rapidement dans 20, 40, 100 villages du district.
Un quart de siècle plus tard, les résultats sont incroyables : la Banque est présente dans 43 000 villages du Bangladesh, a déjà prêté 4 Milliards d’€ à 11 millions de clients dont 94% sont des femmes (plus sûres et responsables que les hommes). Les taux de remboursements sont supérieurs à ceux des banques traditionnelles (de l’ordre de 97 % !) grâce à une organisation en groupes solidaires de 5, chacune des débitrices étant responsables des engagements du groupe vis-à-vis de la Grameen. Le modèle est appliqué désormais dans plus de 45 pays à travers le monde, touche 60 Millions des personnes, dont 27 Millions parmi les plus pauvres (dont le revenu est de moins de 1$/jour). Grâce au micro crédit, 3 emprunteurs sur 4 se sortent d'une situtation de pauvreté, et ce définitivement.
« Je souhaitais juste résoudre un problème local et petit à petit, sans m’en apercevoir, c’est devenu la Grameen Bank ». Pragmatique, humble et volontaire, Muhammad Yunus est aussi une fantastique « usine à idée ».
Depuis 10 ans, il s’est lancé dans d’autres ambitieux projets (assurances maladie, télécommunications…), tous basés sur un souci de résoudre un problème social de manière durable, sans sacrifier la viabilité économique. Les solutions viendront selon lui, des nouveaux « entrepreneurs sociaux ou environnementaux ». Dès qu'il le peut, il exhorte les jeunes à « ne jamais chercher un travail mais à le créer » et reste persuadé que les entreprises à but social sont le meilleur remède contre la pauvreté et seront mieux armées dans le futur que les entreprises traditionelles.
De nombreux admirateurs du modèle Grameen, dont Bill Clinton, considèrent que Muhammad Yunus mériterait un prix Nobel d’économie. Très loin de ces préoccupations, il conclue notre entrevue en nous rappelant que son objectif prioritaire reste d’atteindre ces 100 Millions de personnes touchées, et « qu’ensuite tout sera beaucoup plus facile… ».
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